29 mai 2008
Je me souviens du souffle retenu avant d'entrer sur scène, puis ce plaisir de danser, de danser à plusieurs, de danser avec, avec les autres, avec la musique, avec soi-même et son corps, ces mouvements coordonnés à la parfection, les projecteurs dans les yeux qui empêchent de voir le public et le temps qui semble s'arrêter dans la seconde juste avant les applaudissements. Je me souviens de ma dernière chorégraphie, de celle-là où l'on a dansé en costumes de messieurs trop grands avec des gants pour la vaisselle de quatre couleurs différentes, moi j'avais les roses. C'était il y a trois ans, le temps où le corps était encore insouciant, le corps d'une jeune fille qui grandit, et devient femme, où la tête et le coeur sont ivres d'apprendre à aimer, et d'apprendre à être aimés. Quand on se souvient de ce temps-là, on ne voit que des jours de printemps et des rayons de soleil, la jeune fille qu'on était, celle qui avait les cheveux jusqu'aux fesses et qui superposait les jupes. Puis il y eu les dures années d'hypokhâgne et de khâgne, deux annés passées avec mon amoureux, hasard d'être acceptés au même endroit, soulagement puis inquiétude. Les questions qu'on commence à se poser, qu'est ce que ça fait d'être toujours ensemble, de travailler au même endroit, et de vivre à deux dans une seule et même pièce. On découvre alors que l'amour fait aussi souffrir, oh tellement souffrir, et cela même si on s'aime très fort, et que partir de la maison familiale, même si c'est pour aller tout près, ce n'est pas anodin pour une fille de même pas dix-huit ans. Ca fait mal, ça brise le coeur, mais moins que de voir sa maman tomber dans la dépression et son papa désemparé devant cela. Tous les matins il fallait se lever à six heures, prendre un bus pour aller à la gare, attraper le train, descendre quelques stations plus loin, et marcher un quart d'heure jusqu'au lycée, c'était fatiguant, il faisait nuit quand on partait, et nuit quand on revenait, et il fallait encore passer nos nuits à rédiger des dissertations. Alors je suis partie, je ne supportais plus de voir maman comme ça, partagée entre la souffrance de ne pas pouvoir l'aider, et la colère qu'elle ne m'aide pas, elle, après tout c'est elle la maman. Oh il y en a eu des larmes et des cris, des courses folles dans la nuit sur le macadam glissant. Comme dit un proverbe russe "qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison" et ce n'était pas facile d'avoir le coeur scindé en deux, toujours entre des sentiments contradictoires, et d'apprendre à vivre entre deux endroits, même si proches. J'ai tenu bon l'année d'hypokhâgne, soutenue par mon amoureux, mais l'année de la khâgne a été dure. Plus que ma raison, c'est mon corps qui en a pâti, ne plus avoir le temps pour rien, et sûrement pas pour danser, ni pour aller faire le marché avec papa comme avant, et faire la cuisine avec lui, manger n'importe quoi, se remplir de nourriture parce qu'on se sent vide, et inutile, et avoir de plus en plus l'envie de ne plus jamais quitter son lit. Oui, rester là, que personne ne nous parle, qu'on nous laisse seulement dormir. Il m'en a fallu du temps pour me convaincre de (re)mettre un pied en dehors de la couette, du temps et beaucoup d'amour. Ma maman s'en est sortie, ou du moins va beaucoup mieux, elle passe son temps dans le jardin, et n'entend jamais le téléphone mais on lui pardonne, dans la maison sur pilotis on entend à nouveau les rires et les disputes, mais surtout les rires. Je veux maintenant panser mon corps meurtri, et soigner mon coeur, mais je suis si heureuse de sauter la barrière tous les soirs pour aller à la maison, c'est aussi pour ça que je les aime tant, c'est parce que ça n'a pas toujours évident. On va habiter tout près d'eux, je veux mettre les mains dans la terre avec maman, qu'on y puise toutes les deux de la force, et qu'on y fasse pousser les plus belles des fleurs, je veux lui montrer que je l'aime de cet amour qui noue le ventre et le coeur, je voudrais tellement qu'elle soit fière de moi. Tout ce tumulte en moi, je l'envisage maintenant comme la manière que j'ai eu de devenir adulte, et femme.
Maintenant, je veux devenir moi.
25 mai 2008
Je suis revenue de Bruxelles ma belle, déjà. Parce que j'y serais bien restée un peu plus longtemps... Le matin du départ, on ne s'est pas réveillés, malgré les deux réveils. On était bien trop fatigués par ces derniers jours. Alors on a pris le temps de passer à la maison, puisque quitte à être en retard hein, autant manger un bon petit déjeuner préparé par Anouk. Les embouteillages pour sortir de Paris, puis la route, moi plongée dans mon Elle acheté pour l'occasion, lui concentré sur la route. Le passage de l'ancienne douane, l'arrivée à Bruxelles, l'euphorie d'être là tous les deux, enfin en vacances, enfin libres. L'hôtel, la chambre, on défait la valise, pour se recréer une petite maison. Puis on sort dans la ville, les noms des rues qui me rappellent les cours d'allemand que j'ai tant aimé, et aussi un peu Amsterdam. V. est en sandales, moi en robe, et qu'est ce qu'on est bien, là. Que j'ai aimé Dille & Kamille, que j'ai aimé le soleil de fin d'après-midi, écouter un peu du festival de jazz sur la Grand-Place en buvant de la bière, que j'ai aimé les frites de chez Antoine, que j'ai aimé quand il m'appelait "ma vingt ans" en m'attrapant par la taille, que j'ai aimé rire à en pleurer, voir l'expo Paul Klee au Bozar, aller jusqu'à l'Atomium en passant par la forêt en parlant de Versailles, se balader et se repérer aux stations de métro "Louise-Louiza" et "Bourse-Beurs", que j'ai aimé Ixelles et ses jolies maisons, les Petits Riens, et le meuble qu'on a acheté sans même savoir s'il rentrerait dans la voiture, les tissus que j'y déniché... que j'ai aimé quand on a acheté une bricole qui est un joli clin d'oeil à l'avenir... Merci mon amoureux pour ces deux jours enchanteurs !
Mes oranges du Bozar à moi, petit clin d'oeil à Audrey
Un autre petit clin d'oeil ...
Le trajet du retour, entre les gouttes
Le butin :
des cartes postales de Klee
deux lampes de chevet grises de chez Hema pour notre futur chez nous
des jelly beans pour ma maman qui adore ça, et des gauffres "à la mélasse" comme indique le paquet
des petites choses de chez Dille & Kamille.. j'aime demander des paquets cadeaux même si c'est pour moi/nous, parce que comme ça on les dispose dans la maison, et un jour, plus tard, on les ouvre.. ça fait de chouettes surprises parce qu'on ne se souvient plus très bien, ou au contraire on a hâte d'ouvrir, dans les deux cas on est très content, et puis c'est joli.. ici un rissoto au citron, et une petite bouteille de vin blanc au format trop chou, pour boire avec le jour où on l'ouvrira..
et ici un sachet du "thé du printemps" qui s'imposait pour nous, grands amateurs de thé... et de printemps !
les tissus des Petits Riens
et le meuble à retaper...
22 mai 2008
Ma maman m'a offert des roses du jardin pour mettre au studio / Nathan a soufflé ses seize bougies sur le gâteau en forme de terrain de rugby que je lui avais fait, et ma foi il avait l'air content / Mais il aura aussi le fraisier de maman comme chaque année / J'ai fini les cours et les partiels, je ne retournerais à la fac que pour fignoler mon voyage d'échange à Montréal pour septembre prochain / Je suis donc en vacances / On part à Bruxelles avec mon amoureux / J'ai bu aujourd'hui un excellent thé "le genmaïcha est un thé composé de thé vert Sencha, de grains de maïs et de riz torréfiés au goût très original, fin et délicat de noisette grillée" en écrivant dans mes différents carnets, les pieds nus, et le nez dans les roses.. délicieux moments que je passe seule en attendant qu'il rentre du saxophone / J'attends l'Inde / J'en reviens pas d'avoir vingt ans et je me dis qu'il serait temps de faire quelque chose de ma vie / J'ai vu mes amies hier, elles étaient printanières, elles étaient belles / Je vais ranger dans mes grandes boîtes rouges les cours de cette année qui sera définitivement derrière moi, une année tellement étrange, je trouve qu'elle sera bien mieux dans mes boîtes / J'ai envie d'ouvrir une nouvelle page de ma vie, et je veux y arriver, j'y crois fortfortfort / J'ai eu 15 à mon devoir sur les intertextes dans Blanche ou l'Oubli dont j'avais un peu parlé ici / Dehors le soir tombe, Anouk va chercher un pull et on dîne sur la terrasse /
21 mai 2008
seize
Nathan,
Aujourd'hui tu as seize ans. Je ne sais pas si tu liras un jour ce billet, mais je voulais aussi te souhaiter joyeux anniversaire ici. Seize ans, c'est un si joli chiffre. Six ans de danse classique, huit ans d'équitation, dix ans de guitare, et depuis trois ans, la passion du rugby. Des années bien remplies, qui me semblent être passées si vite quand je nous revois enfants. Mon petit frère, mon ennemi, mon complice, mon chamailleur, et surtout mon drôle de petit bonhomme devenu grand, je suis fière de toi, et je te souhaite de faire de cette année une grande année ! Chez nous, on ne chante pas "joyeux anniversaire" sur l'air d'happy birthday, mais sur celui de "joyeux anniversaire, mes voeux mes plus sincères.." je sais que tu le préfères, et tu as bien raison, c'est tellement plus joli ! On le chantera avec toi ce soir. J'ajoute un extrait de la bande-son du film que j'ai tourné l'année dernière pour tes quinze ans. Ta grande soeur, P.
17 mai 2008
Voilà ma participation au "clic-clac c'est dans la boîte" de Karen...
1/ macro : ma petite boîte à musique mécanique dont il faut tourner la manivelle et que j'aime tellement...
2/ avant/après : l'orage que l'on voit arriver sur Paris depuis la terrasse, pousser le ciel bleu et d'un coup les gouttes qui tombent, libératrices.. le rideau de pluie cache la tour montparnasse et la tour eiffel, on se glisse sous la couette..

3/ un animal : pas su choisir entre la chatte de la maison et son air coupable et le hérisson des soirs d'été qui vient boire dans la coupelle de lait posée sur la passerelle

4/ un objet qui me paraît indipensable : mon macbook, surnommé "tux" et qui me suit partout.. je l'aime d'amour depuis le jour où je l'ai reçu.. ça va faire deux ans... et j'aurais vraiment du mal à me passer de lui.. bon j'aurais aussi pu choisir mon appareil photo et mon polaroid, même si dorénavant j'économise ces derniers..
5/ un magasin : pour moi, une boutique indienne, de celles où l'on trouve de tout, des fruits et des légumes inconnus, des seaux en plastique, des épices, de la vaisselle en aluminium, du tissu, de l'encens, des bonbons aux noix de cajou ( miam ) du thé, des tapis, des bindis, du henné, et encore tellement de merveilles..
14 mai 2008
Samedi je me suis lancée pour la première fois, seule, en tête à tête avec mon cadeau d'anniversaire et j'ai fait confiance à Albine... Après quelques énervements, j'ai fini cette petite trousse pour ma copine chérie, madame bleue, qui fêtait son anniversaire.. deux petites coccinelles boucles d'oreilles et voilà un petit cadeau pour compléter le paquet. Je crois que je vais recommencer, parce que j'aime beaucoup ça, en fait ! La prochaine étape, une petite robe pour ma petite soeur, une autre trousse pour ma maman, une pour moi.. mais ce n'est pas pour tout de suite parce que je partage ma machine avec mon amoureux, qui a décidé d'apprendre lui aussi.. et qui coud presque mieux que moi, habitué qu'il est à la pédale avec la voiture - mais non, je ne me vexe pas, il maitrise mieux la vitesse, c'est tout ! grrr -
Aujourd'hui, il a fait très, très chaud, et tout à coup ça a explosé, il y a eu un orage terrible avec des éclairs et du tonnerre, ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ça à Paris même... J'étais en robe et en sandales, et après une journée de partiels j'aurais dû râler, mais au contraire je suis devenue très heureuse, toute légère, presque euphorique. Je suis rentrée trempée mais ce n'était pas grave. Un dîner chez les parents, rentrer en sautant la barrière, apercevoir cette fenêtre, la nôtre, et être heureux de se retrouver.
12 mai 2008
Les jours passent, le diable est derrière moi, enfin rendu à la bonne heure, le bon jour, sentiment de satisfaction, mais en même temps on se dit qu'on a oublié quelque chose, forcément. Puis on est parti deux jours, alors que les parents étaient en week-end dans le sud, avec les petits et des amis. On a dormi sous la tente, et ma petite soeur et moi sommes revenues avec pleins de nouvelles taches de rousseur, comme chaque fois qu'on met un peu le nez au soleil. Encore une semaine difficile et après je pourrais penser au printemps. Pour l'instant mes nuits sont blanches, bercées par le tapotis de mes doigts sur le clavier. Je vois le soleil se lever chaque jour, j'entends les oiseaux chanter de plus en plus tôt et les grenouilles de la mare du voisin s'en donner à coeur joie. J'attends Bruxelles, j'écoute les amis exposer leurs projets d'été, Amsterdam, Lacanau, Bayonne, Lorient, et je cherche un stage dans une librairie. A la BU de la fac j'ai découvert qu'il y avait déjà quatre mémoires écrits sur le dramaturge que j'ai choisi pour mon propre mémoire, dur coup je dois l'avouer, mais ce qui me console un peu, c'est ce projet flou d'une librairie-salon de thé qu'on ouvrira un jour avec une amie. On aura un chat que tous les clients appelleront par son nom et on y vendra des tapis et de la vaisselle d'Inde car on aura mis en place un système de commerce équitable avec des gens de Pondichery. Des fois, c'est doux de rêver à quand on sera grands.
06 mai 2008
démons
En ce moment, je travaille nuit et jour sur un dossier à rendre pour mon cours sur le cinéma d'épouvante américaine. Il s'intitule "Nowhere and fast", la figure du diable dans Twin Peaks, Fire Walk With Me de David Lynch (1992) ; étude comparative avec Le Horla de Guy de Maupassant, Démons et Merveilles de Howard Phillips Lovecraft The Exorcist de William Friedkin, Délivrance de John Boorman et 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Je trouve que ces photos sont tout à fait dans une ambiance lynchéenne, il y a le rouge et le noir, le reflet de l'écran dans mes lunettes... pour un peu, je serais moi-même transformée en figure du diable ! Il faut dire que ce sujet m'obsède, qu'il est très pesant et que j'ai très envie d'en finir avec lui. Mon amoureux m'emmène à Bruxelles fin mai ou début juin, quand on aura enfin une trève dans nos travaux respectifs. J'ai hâte de sortir la tête de cette esthétique glauque et d'enfin respirer le printemps comme ces jours-ci chez mes parents, de profiter des petits verres de vin rosé sur la terrasse, et de découvrir cette ville dont on m'a tant parlé, et qui semble cacher tant de merveilles.
03 mai 2008
verres de rouge et vert de rage
Du vert pour celle qui signe pivoine rose, trois verts différents en fait, celui de mon grand arbre, si majestueux ; celui que mon macbook me met aux joues avec une de ses fonctions rigolote, en m'enlevant mes taches de rousseur au passage, que c'est étrange de se voir avec une peau "sans rien", pour un peu je me sentirai nue ; et celui de mon petit arbre, qui est en fait un bouquet de persil, mais dont je peine à me servir tellement il me fait penser à une espèce d'arbuste qui serait disparue et miniature.. Qu'est-ce qu'on peut s'inventer comme histoires sur les objets de la maison, n'est-ce pas ? ( Oh et puis il y a plein de vert aussi dans le billet précédent, moi qui pensais que c'était une couleur qui ne m'inspirerait pas, il faut croire que finalement si.. ça sent le printemps ! )
01 mai 2008
Mes parents, et les "petits" habitent une maison tout près de notre cocon, une maison un peu particulière qui fût la mienne et qui l'est toujours quand je rentre me faire cajoler ou quand on vient après dîner, pour le dessert, pour travailler le latin avec les parents, pour regarder FBI portés disparus le lundi soir, ou pour discuter de tout et de rien... C'est une maison sur pilotis, pour y entrer il faut monter la passerelle qui mène à la porte d'entrée, une passerelle comme celle d'un bateau. Sur un des balcons trône un ours, oui pourquoi pas après tout, là il tient le tuyau d'arrosage mais ce n'est pas toujours le cas, ce que j'aime c'est voir la chatte de la maison toute petite entre ses grosses pattes. En ce moment, on garde et la maison et la chatte parce que toute la famille est partie en vacances, alors on dort dans la chambre d'amis qui a la couette la plus moelleuse du monde, les lilas sont en fleurs, le blanc et le parme, et tout le jardin s'éveille comme après un long sommeil. Sous les pilotis de cette maison, il y a une autre maison, très ancienne, et aussi très abimée par les années. C'est cette maison-là que nous allons habiter l'année prochaine, après l'avoir un peu retapé. Je serai à nouveau près des petits, de mes parents, et de mon chatchéri, je pourrai rejouer de l'accordéon dans le jardin, accompagnée par la guitare de mon frère, mon amoureux continuera de prendre des cours de cuisine avec mon papa pendant que je parlerai pendant des heures avec ma petite soeur qui grandit si vite, et je surveillerai de plus près le boulot planté pour mes dix-huit ans.












































