polaroid*girl

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29 juillet 2008

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24 juillet 2008

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Du jasmin dans les cheveux, les mains tatouees au henne et les bracelets qui tintent a mes chevilles, je suis tout simplement heureuse.
La magie indienne opere sur ceux que j'aime, il n'y a qu'a voir Anouk transformee en petite indienne apres un passage entre les mains d'une amie tamoule..
Je reviens vite vous raconter tout ca, pour l'instant, je savoure chaque seconde et les surprises a chaque coin de rue.
P.

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13 juillet 2008

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"On ne devrait vivre qu'une minute et demi, le temps du premier baiser et du premier demi", on portait cette phrase là en étendard, on la chantait sur tous les tons, et surtout à tue-tête, comme un cri de ralliement. Il faut dire qu'on croyait dur comme fer au pouvoir des mots, aux rimes griffonnées dans les marges de nos cahiers, aux mots d'amour, et aux mots d'amitié. Aux chansons inventées, aux longues déclarations, aux poèmes dada. Et on aimait l'Illusion comique de Corneille parce que ça nous avait appris le baroque, et tout ce qui va avec, l'inconstance. Oh oui ça nous plaisait beaucoup ça, l'inconstance, le tourbillon, la vie qui file vite, les farandoles, les cavalcades, tout ce qui va trop vite, tout ce qui est trop fort. On s'était trouvées dans la même classe de première littéraire. Une classe composée uniquement de filles. Après quelques mois que j'avais passé seule, sans connaître personne, on s'était finalement rencontrées, toutes les trois. Et ça avait été une évidence. On est vite devenu le trio infernal. Une chanson par jour, des milliers d'illusions, tellement de rires, les yeux grand ouverts. Une amitié forte, très forte, trop forte peut-être. Trois filles différentes, mais finalement pas tellement. Je portais les cheveux longs jusqu'aux fesses, A les avait très courts, et puis C se demandait si elle devait les boucler. Ensemble on a fait les quatre cent coups, et même plus. On a séché les cours pour aller fumer un narguilé à Paris, l'été avant la terminale, on a bu dans un bar à Saint Michel, déguisées avec de vieux habits et le patron nous appelait "les actrices" et ça nous faisait rire.. Dans le métro, en rentrant, on chantait en riant mille chansons. On s'aimait si fort, et on se détestait aussi parfois. Alors on se retrouvait et puis on pleurait toutes les trois. On aimait les cours de philo, mais pas tellement la prof de littérature, alors on séchait souvent ou bien on arrivait en retard en se bousculant dans le couloir, et on avait le droit à un "tiens, voilà les trois grâces" et une fois, on a même eu un avertissement conduite. Insolentes, oui ça on l'était. Exubérantes, bruyantes, choquantes. Comme quand on s'embrassait sur la bouche après avoir trop bu, ou quand on se passait la fiole de Get 27 pendant les bacs blancs en se disant que ça ressemblait à de la menthe à l'eau. On superposait les jupes, et les bracelets tintaient à nos poignets, on se rêvait gitanes, on voulait monter un cirque, et partir sur les routes. Aller voir la mer en hiver, faire le tour de France en mobylette. On voulait une ambiance à la Simenon pour la mer, et des lunettes d'avant-guerre pour les mobylettes, et aussi un casque en toile avec des oreillettes. On organisait des soirées années 30, on révisait le bac avec mon père, on chantait l'hymne qu'on s'était écrit. On passait notre vie l'une chez l'autre, on se cuisinait des petits plats, et puis on se réveillait en chantant. Toujours la musique. Ensemble on a assisté à des concerts géniaux, on a appris ce que c'était l'amour, on a commencé l'accordéon avec A, on s'écrivait tout le temps tout le temps, des lettres, des mail, des poèmes, on avait des carnets où on consignait nos rêves, et, un jour, on a trouvé une valise en cuir noir dans la rue, et on y a accumulé tout ce qui nous représentait. Les photos, les carnets, les cartes de France avec nous dessinées sur nos mobylettes. Des petits riens amassés ça et là, les mots qu'on s'envoyait pendant les cours, les poèmes à six mains. En terminale, on avait chacune un amoureux, mais notre amitié n'en était pas moins forte. On a eu le bac, sans travailler vraiment, C a même eu 18 en philo, et puis on est parties ensemble en vacances. L'été du bac, toutes les trois dans cette grande maison du sud. On s'est déguisées un jour de pluie en piochant dans des malles pleines de vieux habits qui n'avaient plus d'âge. J'ai pris ces photos d'elles deux. Mes chapeautées. On croyait que c'était à la vie à la mort, mais l'existence a eu tôt fait de nous séparer. Notre amitié n'a pas survécu. L'hypokhâgne m'a avalé, je n'avais plus un instant. Elles continuaient à se voir. Quelques fois on se croise, et quand je passe devant le lycée j'ai un petit pincement au coeur. Comme quand j'entends Léo Ferré. Je revois les trois jeunes filles qui marchaient en rang avec leur allure folle, leurs jupes qui volaient au vent et qui faisaient de drôles d'ombres sur le trottoir où elles courraient pour échapper au temps. Le soir de mes vingt ans, elles sont venues, A m'a offert un bracelet bleu et or, un vrai bracelet de gitane, et puis C m'a offert des boucles d'oreille, puisque, quand on avait seize ans, j'étais la seule à ne pas avoir les oreilles percées. Hier, j'ai retrouvé la valise en cuir noir dans mon armoire, et une petite larme m'a échappé.

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On a enfin pris le temps de s'occuper du meuble rapporté de Bruxelles. On a enlevé la porte, on l'a peint en gris, couleur zinc, on a tapissé la petite cavité de gauche avec du papier rose aux jolis motifs, on a percé un petit trou pour faire passer un fil, et on a installé une lampe-boule, il ne reste plus que les poignées des tiroirs à trouver, et on l'aura notre meuble-lumière comme on l'imaginait. On a rangé tout le studio, trié tous les habits, nos deux bureaux, retrouvé des choses au passage, comme ces coins de lettres que ma mamie m'avait donné il y a bien longtemps, mais j'ai le coeur gros, de savoir que je ne reviendrai pas avant au moins six mois, ou seulement pour quelques jours. On revient d'Inde le 18 août et je dois être le 28 dernier délai à Montréal, après je reviendrai en janvier et si tout va bien on s'installera dans la vieille maison, c'était donc bien nos derniers moments au studio, et même si on l'a souvent détesté, ça fait quelque chose de le quitter. J'aime bien partir en vacances quand tout est propre et beau. Mais ranger m'a encore une fois déclenché des bouffées de nostalgie, et j'ai la nostalgie spécialement triste. Je suis profondément attachée aux lieux, quand j'avais neuf ans et que j'ai appris qu'on allait déménager, j'allais tous les soirs dans la chambre de mes parents d'où on voyait le jardin, et je pleurais en contemplant ce qui allait me manquer, bien des mois avant qu'on ne parte vraiment. J'ai du mal avec ces deux choses, l'espace et le temps, j'aimerai en dire plus mais je n'ai pas vraiment les idées claires, je suis toute chamboulée. Les amis sont rentrés d'Amsterdam, on ne les avait pas rejoint finalement mais ils ont changé, j'aime voir le visage des gens qui rentrent d'ailleurs. On a goûté chez Ladurée, pour voir M qui y travaille, il y avait cette lampe qui me donnait envie d'être en hiver, alors qu'on parlait de l'Inde où on serait dans trois jours. Oui chamboulée c'est bien ça.

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06 juillet 2008

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Le temps joue à cache-cache, il fait très beau puis froid et gris, on ne sait pas trop où on en est / On a vu trois films de suite hier, c'était bien, j'aime cet état quand on sort de la dernière séance, comme ce que je ressentais au festival d'Angers un peu, sauf que là c'était au moins six films par jour et c'était l'hiver alors il faisait noir tout le temps, dans les salles et dehors, hier quand on est sortis il faisait encore un peu jour et l'air sentait bon / Avec A. on fait des cocktails maison et une demi-heure après on est pompettes et on dit des bêtises qui nous font rire / Demain je vais chez le coiffeur, mais c'est une "academy" alors je ne sais pas à quoi m'attendre, je vais être le cobaye d'un grec pendant trois heures ( les apprentis coiffeurs viennent de Grèce ouioui ) mais c'est rue du Faubourg Saint-Honoré alors je me dis que l'immeuble sera sans doute beau / Je découvre les jolis instants capturés sur ce blog qui me touche beaucoup beaucoup / J'essaye de déblayer mes journées à venir pour avoir quelques instants à partager avec Audrey, ce qui me plairait énormément / Je fais le clown pour dérider papa qui est très très fatigué, et pour consoler maman qui a trouvé un chat mort de vieillesse dans le jardin / Je ris avec Anouk / J'ai reçu une très chouette enveloppe de la part de Charlotte, mon coeur a fait boumboum quand j'ai vu le joli badge qu'elle m'a envoyé / Je mange des salades de tomate comme j'aime.

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03 juillet 2008

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Il y a trois jours, dans la chambre ensoleillée, les miettes du petit-déjeuner sur le lit, mon mascara a coulé, beaucoup, à cause d'une bataille d'eau entre amoureux, qui s'est terminée par des rires à n'en plus finir, et des photos sur les larmes, et la tristesse. Pourquoi pleure-ton, quand pleure-t-on. Des questions que je me pose souvent, moi qui ai toujours beaucoup pleuré, alors que je connais certains qui ne pleurent jamais. Je me souviens distinctement des premières fois où j'ai vu mes parents pleurer. C'était, sans doute, une chose que je croyais réservée aux enfants. Et pourtant, me voilà grande, du moins quand j'étais petite je considérais que vingt ans, c'était très grand. Et je pleure toujours. Parfois quelques larmes, et quelques fois de gros sanglots qui secouent tout le corps, la carcasse. Peut-être que l'on se sent vivant quand les larmes coulent ? Les pleurs sans larmes, uniquement des cris étouffés, les pleurs de colère, les pires peut-être, les larmes de fatigue. Il y a trois jours, dans la chambre, c'était de fausses larmes, et de faux pleurs.
Mais ce matin, la première chose à laquelle j'ai pensé en ouvrant les yeux, c'était à Ingrid B. Que faisait-elle à cette heure-ci ? Avait-elle dormi cette nuit ? Pas dans un lit, ça, j'en étais presque sûre. Qu'est-ce que cela faisait, pour une mère, de sentir après six ans l'odeur de ses enfants. Je crois que j'aurais senti les miens pendant des heures et des heures, avant même de leur parler. Et qu'est ce que cela fait, pour une femme, de retrouver les bras de sa mère. J'ai regardé sa déclaration, que je n'avais pas pu voir hier soir. Et sa descente d'avion aussi. Et là, sans que je ne me l'explique, je me suis mise à pleurer. De vraies larmes. De de de je ne sais pas, un sentiment inexplicable, pas vraiment le soulagement, et pas vraiment la joie non plus. L'impression de vivre un moment historique. Les larmes qui brouillent la vue et qui empêchent de voir son sourire incroyable. Ces images m'ont touchée je ne sais pas où précisément, mais là où il y a quelque chose qui vibre.
Est-ce parce que, ce que j'ai vu, c'est la vie ?

La vie qui est si jolie en ce moment, même si teintée d'amertume. Le goût de la dernière fois, celui que je déteste tant. Envie de courir partout, de faire des centaines de choses, de profiter de chaque instant. Quand je me réveille, la chambre tapissée des petits papiers de V qui me dit mille jolies choses. Les amis sont arrivés à Amesterdam, et demain on achète les billets pour les rejoindre. J'ai hâte de les voir, et surtout d'écouter leur(s) aventure(s). On compte s'enfermer pendant deux jours dans les salles obscures malgré le soleil si chaud pour profiter de places de cinéma à quelques euros. Et, bien sûr, les préparatifs pour l'Inde. Anouk qui a Le Routard comme livre de chevet, Papa qui s'entraine à prononcer les noms des villes. Mamallapuram. Chidambaram. Kanchipuram. J-13 aujourd'hui. L'exitation monte. C'est le moment que j'attends sans me l'avouer depuis près d'un an. Y retourner. Je ne pensais pas aimer ce pays. Je n'aime pas la chaleur, et pourtant j'ai apprivoisé la bouffée brûlante quand on ouvre la porte le matin. Je n'aime pas vraiment le bruit, et pourtant j'ai adoré le boucan des villes indiennes, les marchands ambulants qui proposent du thé en hurlant, l'homme qui donnait l'heure à cinq heures puis à sept heures du matin en passant de rue en rue, les aboiements des chiens sauvages la nuit, et le traffic fou. Je ne crois en rien, je suis athée convaincue, et pourtant.. je me sentais si bien quand on allait au temple avec Sumathi, l'amie hindoue, et qu'on déposait nos offrandes à Ganesh. Je n'aime pas vraiment la promiscuité, je suis même un peu claustrophobe, et pourtant les trajets en bus ont été de grands moments. Je trouvais certaines kitscheries ridicules, et surtout les danses dans les films... et pourtant, que j'ai aimé aller au cinéma là-bas. Et hier, chez A, en regardant La famille indienne, magnifique film de la "nouvelle vague" de Bollywood, je me suis surprise à bouger les épaules sur les musiques des danses, puis tout le corps. Et à chanter "Lejja Lejja". L'Inde m'a envoûtée. J-13.

Posté par polaroidgirl à 14:43 - sauve qui peut ( la vie ) - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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