polaroid*girl

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31 août 2008

Let me introduce to you #3

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Et quelques ruelles plus loin, on croise une autre famille, les notables du coin. La grand-mère de l'enfant parle très bien anglais, et nous explique qu'ils font ce kollam pour la grande fête qu'il va avoir lieu le lendemain. Elle nous propose de les aider à le colorier mais on n'ose pas, et puis il est vraiment tard, les filles sont en chemise de nuit sur les pas de porte, elle discutent en attendant que les hommes aient fini de regarder la télévision. Le petit garçon est adorable, très malicieux. Sa grand-mère nous demande si on peut le prendre en photo. On accepte, et elle lui dit quelque chose en tamoul. Aussitôt il se redresse, et croise les mains dans le dos. Il ne regarde pas l'objectif, bien trop occupé par V. qui lui fait de grands sourires et quelques grimaces. Quand la photo est prise, je m'approche de lui pour la lui montrer. Il ne se reconnaît pas tout de suite. Il fronce les sourcils. Puis un sourire éclaire son visage et il devient fou de joie. Il me regarde comme si j'étais une magicienne. C'est ce magnifique sourire que j'aurais voulu capter, ce sourire de la lumière, de la révélation, ces yeux qui disaient mais oui c'est bien moi, ces yeux qui avaient compris qu'un voile était levé, qui avaient découvert quelque chose. Magnifique moment. Mais l'appareil était entre les mains de la maman et de la grand-mère qui admiraient leur petit. Alors je n'ai pu que remercier intérieurement ce petit garçon. C'était beau.

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Let me introduce to you #2

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Des habitants de Mettupalayam, petite ville bleue que j'aime tant. Les deux fillettes de la première photo nous ont poursuivi dans les ruelles en riant, et en demandant "one click one click" pour qu'on les prenne en photo. Alors on est revenu légérement sur nos pas, et on a demandé à toute la famille de venir poser. Il était un peu tard, la fille au second plan est déjà en chemise de nuit. Et puis, en entendant les rires ravis des petites qui se voyaient dans le tout petit écran de l'appareil photo, la famille voisine est sortie sur le pas de la porte. Alors on a fait une autre photo, on a insisté pour que la vieille femme vienne aussi. Elle était tellement fière, après, de voir ses petits-enfants sur l'écran. On est reparti à pas de loup, dans les petites ruelles, après avoir échangé pleins de mercis, de vanakam et d'au-revoir. Et c'est là que je me suis mordu les doigts de ne pas avoir mon polaroïd, pour leur offrir ces photos. Elles sont si précieuses.

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Let me introduce to you #1

[ A Montréal depuis six jours / Le moral très bas / Je préfère me replonger chez moi, en Inde / Et je vous présente donc quelques uns de mes amis de là-bas et des gens croisés au hasard de la route avant de vous raconter ma vie québécoise ]

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Sur cette photo, il y a Muthu, à gauche, sa femme Sumathi et leur fille Swati. Sumathi est la meilleure amie de Djeyendi, notre amie franco-indienne. Et pourtant, elles ne se connaissent que depuis quatre ans, et ne se voient que deux mois chaque été. Djeyendi est chrétienne, Sumathi est hindoue, et pourtant leurs liens sont innénarables. C'est quelque chose qui se sent, et qui se voit. Sumathi continue d'appeler Djeyendi "Madam", même au milieu de leurs folles conversations en tamoul, et de leurs rires. Sumathi a trente-six ans, mais elle en parait même pas vingt-cinq. Sa fille a onze ans, et elle ne veut pas de deuxième enfant, une sombre histoire d'accouchement. On n'en saura pas plus. Sumathi est une indienne moderne. Elle va au temple au moins une fois par semaine, mange végétarien trois jours par semaine. Mais elle dirige aussi une entreprise de camions. Elle passe son temps au téléphone pour essayer de signer des contrats. Du coup, elle n'est pas toujours très présente pour sa fille, qui est très proche de son père. Muthu adore sa fille, et aime énormément sa femme, comme en témoigne son regard sur la photo. Et pourtant, leur union est arrangée. Sumathi était ravie de rencontrer ma famille, tout juste un an après que je lui ai promis de revenir, mais elle me répète que je reste quand même sa chouchoute. Elle voudrait bien que V. et Nathan se coupent les cheveux, elle trouve ça un peu ridicule ces coupes longues pour les garçons. Quelques jours avant notre départ, elle nous apporte dans de grands bocaux quatre kilos de pâtisseries.. qu'elle a fait elle-même pendant toute la nuit. Et elle passe plusieurs heures à nous faire des dessins à tous sur les mains, et les pieds, au henné. Et encore beaucoup de temps à dessiner avec nous un immense kollam. Quand on est avec Sumathi, on peut rester là sans rien dire. Etre seulement côte à côte, regarder le temps passer. Et puis d'un coup elle se met à parler, très vite en tamoul, à Djeyendi. Alors moi je suis bien là, à les écouter parler sans rien comprendre, à me laisser bercer par cette langue, et par leurs rires. Sumathi râle quand j'arrive pas coiffée, c'est à dire coiffée à l'occidentale. Et puis elle va chercher une brosse et elle me fait des tresses magnifiques, avec du jasmin frais. Ensuite, elle me dessine un bindi sur le front avec des tout petits pinceaux de couleur. Et puis elle me met de l'eye-liner. Et dit qu'enfin on est prêtes à partir. Alors on sort, on hèle un atto, et on va faire des courses dans Pondy. Des bracelets de cheville en argent pour moi, et puis un sac pour Anouk. Elle négocie toujours, et si le vendeur n'est pas d'accord, elle nous prend par le bras et on fait mine de s'en aller. Alors il nous court après pour nous annoncer la moitié du prix du départ. Elle dit que ça marche comme ça ici, et que c'est pas parce qu'on est blancs qu'on doit payer plus. Elle est toujours très élégante, elle porte des saris magnifiques, et je suis fière quand elle me dit que je choisis toujours de très jolis bindis. Au moment de partir, elle enfonce ses doigts dans mon bras, me regarde dans les yeux et me dit de ne surtout pas pleurer, parce que ce n'est pas un adieu mais juste un au revoir. Mais je sais qu'elle est aussi très émue, et Muthu aussi, même s'il le montre encore moins. On se serre fort toutes les deux, et puis on se promet de s'écrire, en anglais, cette langue qu'on partage de manière malhabile. Ce n'est pas vraiment notre spécialité, ce qu'on partage est bien au-dessus des mot, et des langues.

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23 août 2008

les derniers jours à Pondy chérie

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A Ooty, nous avons déjeuné dans le palais d'été des maharaja. On était un peu mal à l'aise, et un peu exités en imaginant comment ça devait être aux temps fastueux où le roi et la reine dominaient la salle de bal depuis les grandes loges sous les plafonds pleins de dorures, à une quinzaine de mètres du sol. Et les photos ternies du temps où les bébés étaient parés d'or, et où les maharaja en turban posaient près de leurs femmes magnifiques, un tigre mort à leurs pieds. Après une promenade dans l'Arboretum, nous avons repris la route, qui entre petit à petit dans les montagnes Nilgiri, ou Montagnes bleues, pour nous rendre dans un refuge perdu au beau milieu des plantations de thé. Dans cet endroit incroyable, Ranganathan s'occupe des différentes tribus aborigènes et accueille chaleureusement quiconque vient lui donner un coup de main dans la tâche qu'il s'est attribué. Les tribus parlent des langues orales que Ranganathan connaît toutes, et chacune d'elle possède des savoirs médicinaux qu'on ne peut même pas imaginer. Mais il veille depuis plus de vingt ans à ce que les tribus aient des médicaments pour les cas vraiment graves, que des barrières soient construites pour que les panthères ne viennent pas détruire les petits villages et leurs plantations, et à beaucoup d'autres choses. Le logement qu'il nous propose est sommaire, mais nous sommes épuisés et nous nous endormons vite, au beau milieu de la jungle. Le lendemain, nous redescendons des montagnes, en passant par Ooty le temps de déjeuner, et nous arrivons à Salem où nous retrouvons la chaleur de la plaine du Tamil Nadu. Nous ne faisons qu'une halte, et nous reprennons la route le lendemain, direction Pondichery. Quel bonheur de retrouver notre ville adorée après toutes ces péripéties. Dès le lendemain, la vie reprend son cours. Nous allons faire, avec maman, une manucure au beauty parlour conseillé par Djeyendi, chouette moment passé toutes les deux. Nathan et Anouk connaissent par coeur le chemin pour la rue Labourdonnais, où ils vont jouer avec Kannan et Priya dès que la chaleur tombe un peu. V. et moi sommes ravis du scooter rose prêté par Djeyendi, tellement ravis qu'on va lui emprunter tous les jours. On se lance alors dans de longues balades sur le front de mer, moi accrochée à lui. On fait des photos qui nous font rire, parce que la vitesse lui donne une coupe de cheveux pas possible, et que moi je fais de drôles de têtes. Avec le scooter, on devient libres comme le vent, des fois on monte à trois avec Anouk et on se prend pour de vrais Indiens. Et puis il y a la fois où on est allé voir les disciples de Kali marcher sur les braises, et où l'on a parlé avec le héros de la soirée, celui qui était passé quinze fois en portant des enfants sur son dos. Et puis il y a toutes les confidences que nous fait Djeyendi, le soir sur la terrasse, quand l'air devient vraiment doux. Les questions qu'on ose lui poser, sur les castes, les traditions. Elle nous parle de l'achat du premier sari quand une fille a ses premières règles, et aussi du jour où l'on perce les oreilles. Des mariages arrangés, des rites. Et puis il y a Sumathi, avec qui on fait un kollam une après-midi, comme l'année dernière. Un grand kollam coloré. Normalement les femmes en dessinent chaque matin devant leurs portes pour éloigner le mauvais oeil, avec de la poudre de riz blanche. Mais comme on en fait un de fête, on sort les poudres colorées, et chacun met la main à la pâte. Même papa colorie une fleur. On a tous les doigts tâchés après, mais on est fiers du résultat. Et Anouk n'en revient pas de voir tous les gens qui s'arrêtent en nous demandant ce qu'on fait. "Mais, ils ne connaissent pas l'Inde ou quoi ?". Alors on se dit encore notre chance de connaître l'Inde comme ça, de nous sentir si bien ici. Et puis il y a les soirs où l'on tire des feux d'artifice depuis la terrasse de la rue Labourdonnais, où on monte la musique à fond et où les petits se mettent à danser. C'est la bande originale du film que l'on avait vu quelques jours auparavant, un film de trois heures et demi en tamoul, sans sous-titres bien sûr, mais avec les gens qui applaudissent dans la salle, et un entracte. Et le soir où l'on a fait un méchoui, et où Sumathi est partie, elle qui est végétarienne. Et le matin où l'on est venus, V. et moi, pour apprendre avec Selvi, la cuisinière de la rue Labourdonnais, des plats traditionnels tamouls. On a fait ensemble du chicken 65, des épinards, une sauce au poulet pour le riz, et du rassam. On a vu comment on rape les noix de coco, avec un appareil à manivelle. Selvi a ri quand on a pleuré en épluchant les oignons. Et puis après tout le monde est venu se régaler de notre repas, et pour l'occasion on a mangé avec des couverts. Et puis il y a les saris colorés de notre tailleuse préférée, et puis les fêtes de l'Indépendance. Et, maman et moi sommes retournées au beauty parlour, avec Anouk cette fois, et Sumathi nous a refait du henné sur les mains et les pieds, et on a su que c'était bientôt la fin. On a commencé à faire les valises, le coeur gros, on a dit au revoir, peu à peu, aux amis. A la petite repasseuse du coin de la rue aussi. A la ville. Au bord de mer. Une dernière fois on a mis du jasmin frais dans les cheveux, une dernière fois on a posé des bindis sur nos fronts, et attaché nos bracelets de cheville. On est allé rue Labourdonnais manger le byriani, repas de fête par excellence, préparé par Selvi. On a dit au revoir à Manisha, la tailleuse. On a descendu les valises dans la rue où nous attendaient deux voitures. On a retrouvé Rathna, notre chauffeur. On a chargé les bagages, pris Djeyendi, Prem, Priya et Kannan dans nos bras. Et serré Sumathi à l'étouffer. Puis on est monté dans les voitures, on a hurlé des bye, et des see you soon, et des à bientôt jusqu'à ce que la voiture tourne dans Gandhi Street. On a refermé les vitres, et regardé à travers elles la ville qui défilait. Les échoppes qui commençaient à fermer, les petites flammes devant chaque commerce, qui sont des boules de camphre qu'on enflamme chaque soir, pour purifier. Les vaches. Les motos. La circulation. Le bruit. La chaleur. Nous nous sommes regardés, avec V, et on a éclaté en sanglots.

Dans l'autre voiture, les parents, Anouk et Nathan étaient pleins de tristesse aussi, comme ils nous l'ont avoué à la halte que l'on a fait pour diner, là où on a mangé nos derniers parothas, et nos derniers dosa. Et puis on a passé la douane, et on est monté dans l'avion, où les hôtesses nous ont parlé en français. Le retour jusqu'à notre maison où nous attendait madame-le-chat nous a pris plus de vingt-quatre heures. De longues heures pendant lesquelles je me suis félicitée de les avoir amené, tous les quatre, en Inde, mon pays, notre pays.

C'était merveilleux.

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20 août 2008

mettupalayam

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C'est une petite ville, petite ville à l'échelle indienne, dont la vie s'organise autour d'une grosse artère centrale et d'un bus stand très fourni, semble-t-il. Toutes les minutes sortent du bus stand d'énormes bus, très hauts, très colorés et très remplis, ils négocient à toute allure le tournant pour arriver sur l'artère principale où ils prennent encore de la vitesse et font dégager de leur passage piétons, vaches, touristes à grand renfort de klaxons terribles. Ca nous rappelle de chouettes souvenirs, à V et moi, puisque l'année dernière nous n'étions pas sur la chaussée, mais dans les bus, ce qui finalement est bien plus rigolo. Quand on emprunte cette artère, il faut donc marcher bien au bord de la route, et être prêt à se jeter littéralement dans le fossé quand un bus pointe le bout de son nez. Après quelques minutes de marche, on arrive à un carrefour, au centre duquel se trouve une petite guérite qui abrite un policier, complétement passif quand il ne dort pas. Ce carrefour est un bordel monstrueux, partout il n'y a que des cris, des altercations, des vaches qui se meuvent très doucement, comme pour faire enrager les conducteurs de atto, des marchands de rue, des échoppes d'où s'élèvent de délicieuses odeurs. En continuant le long de la rue principale, le bruit s'estompe peu à peu, et il suffit de prendre la première ou la deuxième à droite pour tomber dans un labyrinthe de ruelles merveilleuses, des ruelles si petites qu'on ne peut passer qu'à pieds. Les maisons sont bleues pales, ou vertes, les portes sont décorées de guirlandes de feuilles de manguier, les enfants jouent à se poursuivre entre les maisons dans des courses folles. C'est si beau, si serein et en même temps si animé qu'on y est revenu chaque jour que nous avons passé à Mettupalayam. Les femmes nous reconnaissaient et joignaient leurs mains pour nous saluer, certaines nous disaient même vanakam, bonjour. Nous avons rencontré ce marchand de fruits et légumes avec V, nous l'avons trouvé si beau, assis en tailleur, un peu surélevé au-dessus de ses marchandises, qu'on lui a demandé si on pouvait le prendre en photo. Il a alors pris la pose, se redressant encore un peu, lissant sa barbe avec ses doigts, et enlevant instantanément le beau sourire de son visage. Un soir, avec maman, nous avons rencontré un vendeur de pan, cette chique de feuilles de betel emplie de chaux, d'épices et fermée par un petit clou de girofle. On a acheté deux pan classique et deux sweet pan, qui contiennent de la noix de coco et d'autres choses plus sucrées. Son petit étalage et la confection des pan était quelque chose de fascinant. Le lendemain, nous nous sommes réveillés à six heures, et nous sommes partis à la gare. Le petit train à vapeur était bien là, papa était fou de joie, surtout quand il a découvert le wagon de seconde classe qui allait nous acceuillir, avec ses petits sièges bleus, et les noms des passagers placardés sur la porte. Le charbon a été chargé, puis on a fermé les portes, le chef de gare dans son uniforme aux mille décorations a sifflé en agitant le drapeau vert. Le train s'est mis en marche, tout doucement, avec la lenteur et le rythme de la vapeur, puis il a pris de la vitesse. Les habitants des villages en contrebas étaient tous postés devant leurs maisons en feuilles de palme pour nous faire de grands coucou, comme ils devaient sans doute le faire chaque matin, au passage du train. On a laissé derrière nous Mettupalayam, petite ville bleue où la vie est si douce, et on a entamé l'ascension des montagnes pour aller vers Ooty, ville qui se trouve à 2200 mètres d'altitude, au milieu des eucalyptus, et dont le vrai nom est Udhagamandalam.

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19 août 2008

sur la route

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Rencontrer Rathna, notre chauffeur, et puis partir, tous les sept donc, vers le Sud. Sortir de Pondy, et déjà voir les paysages qui changent. Une surprise pour V et moi, aussi, même si nous avions fait à peu près le même trajet l'année dernière, en bus. Mais l'Inde est un pays en perpétuel mouvement, ce que nous avions appris quand nous étions arrivés harassés dans une ville où nous avions dormi une semaine auparavant, et que nous avions découvert que l'hotel dans lequel nous avions fait halte s'était, entre temps, écroulé ! Le même chemin, la même route, mais des paysages différents, cette année ayant été un peu plus pluvieuse que l'année dernière, on n'a pas retrouvé les paysages désertiques qui nous avaient tant impressionné, mais on a découvert tous les verts chatoyants, celui des rizières, presque fluorescent, celui des palmiers. On a retrouvé, avec angoisse, mais surtout avec délice, la conduite et la circulation indienne, les coups de klaxon constants, les appels de phares, les moments où les bus passent si près de la voiture que l'on entend encore le sifflement dix minutes après, les motos sur lesquelles s'entassent des familles entières, les hommes qui conduisent avec un enfant sur les genoux, un autre enfant dans le dos, puis les femmes assises en amazone, si droites, si belles dans leurs saris, un bébé dans les bras. Cinq ou six personnes sur chaque moto, qui se frôlent, se croisent et se recroisent, dans un balai assourdissant d'une précision rare, puisque personne ne tombe jamais, et surtout personne ne s'énerve jamais, même quand la situation semble vraiment désespérée. Finalement, se laisser bercer, au rythme des chansons tamoules que Rathna passe en boucle. On a fait quelques pauses, pour acheter The Hindu, formidable journal comme on n'en fait plus, visiter des temples, avec notre ignorance et notre timidité devant les choses que l'on voit et que l'on ne comprendra pas, même avec les explications de Rathna ou de Sumathi. Alors s'assoir, sous un pilier, et regarder la vie du temple, les brahmanes torse nu qui chantent, l'éléphant à l'entrée qui bénit les visiteurs contre une petite pièce dans sa trompe, ou bien une banane, se laisser observer par les gens, rendre les sourires. Et puis, tout doucement, farouchement, voir les enfants qui s'approchent, quelques fois poussés par leurs parents, et les plus téméraires tendre la main pour qu'on la leur serre, et les garçons hurler de joie quand V. la leur prend pour la secouer très sérieusement en disant "hello my friend". Puis, d'un coup, se sentir de trop, et sortir alors, retrouver sa paire de sandales dans la petite échoppe à l'entrée qui les garde, et attendre les parents, fascinés. On est retournés dans les villes qu'on avait aimé, une facheuse rhino m'a toutefois empêché de redécouvrir ma chère Trichy. Au fil des jours, nous avons appris que Rathna connaissait un peu de français, et dès ce moment, où il a surmonté sa timidité pour essayer de se souvenir de notre langue, il nous a raconté mille légendes tamoules. L'histoire des femmes qui tuent un écureuil à la naissance de leur bébé garçon pour leur donner une goutte de sang, afin qu'ils deviennent forts et virils. Et puis, on a changé nos plans, décidé de ne finalement pas descendre tout à la pointe de l'Inde, qui est tout de même très loin, et plutôt, filer droit vers l'ouest, vers le Kerala. La voiture qui emprunte les routes de montagne, toujours au son de musiques incroyables, et la chaleur qui tombe au fur et à mesure qu'on grimpe. Les plantes deviennent plus vertes, puis humides, puis ruisselantes de la pluie de la mousson. On découvre une cascade à chaque nouvelle épingle à cheveux de la route, et les parents n'en croient pas leurs yeux quand ils découvrent les plantations de thé et celles d'eucalyptus. Nathan et Anouk, eux, n'en reviennent pas de voir autant de singes, et de découvrir comment les mamans portent leurs bébés, accrochés sous leur ventre. Leur présenter le cottage de la ville tout là-haut, celui où l'on a dormi l'année dernière, celui où on se sent si bien. Et puis, au bout de quelques jours, redescendre un peu des montagnes, la voiture qui file à toute allure, ça va toujours plus vite quand on descend. S'arrêter au bord de la route pour boire un chai, croiser pleins de petits villages où flotte à l'entrée le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau, des échoppes de rue avec les carottes les plus belles du monde, des écoliers en uniforme qui rentrent de l'école et qui nous saluent avec moults sourires et de grands cris, des femmes qui portent sur leurs têtes des immenses bassines remplies d'eau, ou bien de farine. On a rencontré la troupe des éléphants, un soir à la tombée du jour, on les a regardé boire au lac, pendant longtemps, puis on les a compté, six éléphants, dont deux petits, que des femelles nous a dit Rathna. Le sentiment de vivre un moment inoubliable. On s'est arrêté à Mettupalayam, petite ville inconnue qui ne figure dans aucun guide, mais dont la gare est le départ d'un tout petit train à vapeur classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, qui monte encore un peu plus haut. On est allé à la gare, mais le train était complet, il fallait attendre trois jours si vraiment on voulait avoir une chance de le prendre. C'était le rêve de papa depuis qu'il l'avait découvert, et puis tout le monde était fatigué. Alors on a décidé de rester, trois jours, à Mettupalayam, ville indienne perdue tout au fond du Tamil Nadu...

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les dix premiers jours à Pondichéry

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On est arrivé de nuit à Madras, on a attendu longtemps, il nous manquait un sac et on a dû parlementer avec plusieurs personnes, et avant ça il avait fallu passer la douane, montrer nos six passeports, s'occuper d'Anouk qui était fatiguée. Et puis d'un coup on est sorti de l'aéroport, et là, j'ai eu le sentiment de récupérer un bout de mon coeur, et je me suis rendu compte que pendant onze mois je n'avais attendu que ce moment-là. La suite n'a été qu'une succession d'instants extraordinaires. Les trois heures de voiture jusqu'à Pondichéry, en pleine nuit, les yeux grands ouverts de Nathan et d'Anouk, et des parents aussi. L'installation dans l'appartement à Savari Rayalu Street. Et le lendemain, la présentation de la ville par V et moi, complétements fous d'être là, de tout retrouver. V. qui a tout de suite repris son inimitable accent inglish, de l'anglais parsemé de mots tamouls avec les r roulés. Les visites chez les amis de la rue Labourdonnais, et puis les retrouvailles le vendredi, au temple, avec Sumathi, l'amie tamoule. Anouk qui grimpe sur l'éléphant, et puis les regarder changer. Voir maman se mettre à porter des bindi sur le front, puis des bracelets aux chevilles, Nathan négocier avec les attos. Papa qui semble rajeuni d'au moins dix ans, dire que je craignais qu'il ait un peu de mal ! Leur montrer tous les endroits qu'on avait tant aimé, et dont on évoquait les souvenirs si souvent qu'ils semblaient déjà presque les connaitre. Se disputer, parfois, parce que, forcément, on ne voyage pas de la même manière en amoureux et à six. Etre fière quand ils nous ont fait découvrir des choses. Laisser les jours filer, un peu. Regarder les enfants jouer au coin de la rue, les vendeurs de fruits, l'homme qui passe le matin pour crier l'heure qu'il est. Et puis les petites routines qui s'installent, qui font qu'on ne se sent pas uniquement touristes, mais vraiment chez nous dans ce pays si loin du nôtre. Anouk et Nathan qui filent à la moindre occasion retrouver Priya et Kannan rue Labourdonnais, des enfants de leurs âges, franco-indiens. Les barbecues chez eux, le soir, du jasmin frais dans les tresses faites par Djeyendhi, ou Sumathi, des tresses en relief, à six ou huit brins. Fêter l'anniversaire de Sumathi, lui faire la surprise de lui offrir un album avec des photos de l'année dernière. Et puis préparer le voyage, beaucoup. Se décider à quitter cette ville enchanteresse un matin, vers sept heures.

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02 août 2008

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C'est la mousson dans les montagnes ou nous sommes, mais entre deux averses, la beaute du soleil sur les plantations de the me donne le frisson... et quand le soir tombe et que l'on croise une tribue d'elephants sauvages qui se desaltere, la magie continue.
On monte un peu plus haut encore lundi matin, avec le train de 6h20, puis on redescendra vers Pondichery pour passer encore quelques jours dans cette ville, o combien chere a mon coeur, et a celui de V.
A tres vite !

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29 juillet 2008

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24 juillet 2008

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Du jasmin dans les cheveux, les mains tatouees au henne et les bracelets qui tintent a mes chevilles, je suis tout simplement heureuse.
La magie indienne opere sur ceux que j'aime, il n'y a qu'a voir Anouk transformee en petite indienne apres un passage entre les mains d'une amie tamoule..
Je reviens vite vous raconter tout ca, pour l'instant, je savoure chaque seconde et les surprises a chaque coin de rue.
P.

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